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 Trois heures à tuer [ P.V Malik ]

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Léandre N. Hearst

MessageSujet: Trois heures à tuer [ P.V Malik ]  Dim 29 Avr - 16:00

Ses longs doigts pianotaient habilement entre les CDs, à la recherche d'un artiste particulier. Ses yeux s'attardaient à demi sur les titres d'albums tandis que les boîtes en plastiques défilaient à une vitesse affolante. Il finit par brandir un CD au client, sans un regard. Le visage dissimulé sous un rideau de cheveux blonds, il observait les étagères qui le surplombaient avec un intérêt feint. Son regard allait de droite à gauche, en quête d'une erreur de catégorie. Il avait déjà oublié la présence du client à ses côtés. Par ailleurs, ce dernier, déstabilisé par une attitude aussi désinvolte, finit par tourner les talons en grommelant un remerciement inaudible. La chaleur était étouffante dans la boutique, et les ventilateurs à eux seul ne suffisaient pas à rafraîchir l'atmosphère lourde. Pour autant, Léandre portait un bonnet et un long tee-shirt noir bien trop grand pour lui, à l'effigie d'un groupe de musique. Il errait désormais dans les multiples rayons du magasin, dans l'attente d'un client indécis ou d'une livraison de dernière minute.

-Hearst !

Sans réaction à l'appellation de son nom, il poursuivit sa déambulation hagarde, les mains s'attardant parfois sur les rayons. Une série de jurons perça l'air brûlant.


-HEARST !

Avec une lenteur exaspérante, Léandre se raidit et pivota sur ses pieds. Indifférent, il toisa son interlocuteur. Franck, son patron, se postait à quelques mètres de lui, les mains sur les hanches.

-Mais qu'est-ce que tu fous ?

Ses yeux observaient les alentours, en quête d'une réponse. En réalité, elle lui était si évidente qu'il la trouvait stupide.

-Bah je bosse, déclara-t-il, nonchalamment.

-Bien sur. Les clients sont à l'opposé, idiot. Dépêche !

Léandre prit une grande inspiration et se dirigea vers l'avant du magasin, les pieds traînants.

-Et un peu de motivation ou tu restes jusqu'à la fermeture.

La menace eut l'effet escompté. Durant le reste de la journée, le jeune homme travailla avec grande efficacité. Il se tenait désormais devant la vitrine de son lieu de travail, un sac en bandoulière sur l'épaule, et une cigarette à la main. Un service terminé à dix-sept heures tapante. Il lui restait trois heures avant que la nuit ne tombe. Un jeu d'enfant. Léandre s'éloigna du disquaire et s'assit à même le sol, quelques mètres plus loin. Il observait avec attention la rue. Les personnes qui faisaient leurs courses, celles qui buvaient un verre à la terrasse d'un café ou encore celles qui rentraient d'une journée intensive. Il haïssait chacune d'entre elle. Il détestait leur air supérieur et leur sourire béat qui reflétait une existence quasi-parfaite. Il les toisait d'un air méprisant et se plaisait à s'imaginer les tuant un à un. Un geste empreint de folie et de conséquences affligeantes, mais qui le libérerait d'une pression si opprimante, d'un poids si écrasant. Il leva les mains, cigarette en bouche, comme s'il tenait une arme à feu, et tira virtuellement sur chaque passant. Chaque coup de feu était accompagné d'un bruitage digne d'un film à petit budget. Il visualisait les corps des passants tomber comme des mouches, s'étendre mollement sur le sol dans un bruit sourd. Il voyait le visage terrifié des dernières victimes, le sang qui éclaboussait violemment la douceur des pavés blancs. Il appréciait détenir une maîtrise parfaite de la vie d'autrui, avoir le pouvoir de décision sur leur destin. Il aimait se projeter à leur enterrement et entendre leur cris silencieux et leur pleurs déchirants. Il voulait qu'ils souffrent eux aussi. Qu'ils hurlent de désespoir et qu'ils le supplient de les épargner. Il entendait leur cris d'épouvantes, et surtout le silence morbide qui précéderait le carnage. Une étendue de son silencieux, juste perturbée par sa propre respiration, probablement sifflante par l'excitation. Il imaginait l'arme entre ses mains, encore chaude. Il sentait la pression du canon contre sa tempe et l'adrénaline du tir. Il appréciait la douceur de la fin d'une vie, l'appréhension du choc et l’extase de ne plus se sentir vivant. Un léger sourire s'empara du dessin de ses lèvres. Le contact de la cendre brûlante sur son bras gauche le fit ouvrir les yeux. Il avait toujours la main droite pointée sur la tempe. Il souffla sur son bras et écrasa sa cigarette. La cicatrice encore rose sur son poignet attira son attention. Il l'observait à hauteur de nez, fasciné par la chaire rosâtre. Elle devait dater de quelques semaines tout au plus. Quand il avait volontairement écrasé les braises cuisantes sur la peau fragile de son poignet. Il faisait ce qu'il pouvait pour s'en sortir. C'était un triste constat, mais déterminant pour lui. S'il arrivait à vivre, à avancer, où était le problème ?

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Malik Caglar

MessageSujet: Re: Trois heures à tuer [ P.V Malik ]  Lun 21 Mai - 12:23

La nuit. Vaincue par les premières lueurs de l'aube, elle commençait à disparaître. En quelques heures, pénombre devint lumière, la lune laissant place à son plus grand rivale tandis qu'elle s'éteignait peu à peu sous la force du soleil.
Accroupis. Les yeux rivés sur sa proie, Malik demeurait parfaitement silencieux. Il venait d'achever sa transformation. Son corps animal avait laissé place à celui de l'homme, la saveur du sang restant malgré tout dans sa gorge tandis qu'il s'en délectait telle une drogue bienfaitrice et enivrante. La nuit s'achevait mais ô combien elle avait été délicieuse, amusante.

Tapit sur le sol tel un vulgaire chiffon, un corps faisait office de couverture. Un corps sans vie et méconnaissable. Au lieu d'être entier, il était éparpillé tel un puzzle défait dans les moindre détails. Une bouillie de chair humaine qui avait été jadis une femme. Une jeune femme qui, hélas, avait attiré son attention. Nu et muscles tendus, l'homme se redressa :

- Bon vent ma belle. Au moins, tu couineras plus comme un cochon.

Sa voix claquant tel un sarcasme dans cette vaste forêt. Un rire accompagnant ses paroles. Ses iris glissant sur les alentours, le loup entreprit d'y trouver ses vêtements. Ils étaient là. Posés sur un rocher en attente d'être reprit. Ses pieds foulant la terre avec la grâce d'un animal, Malik entreprit ainsi de se vêtir. Quelle euphorie ressentit après une telle chasse. Quel plaisir d'en sortir vainqueur. Une fois de plus. Une fois encore alors que ça en devenait un jeu. Un jeu malsain mais particulièrement croustillant.

Et une mort de plus sur sa liste. Devait-il brûler les restes? Devait-il cacher son macabre trophée? Non. Bien sûr que non, ce cadavre faisant office de message tandis qu'il voulait défier la meute comme elle le défiait. Ces chiens croyaient bon de le pourchasser. Ils croyaient bon de le détruire mais ô combien, il avait plus d'un tour dans son sac. Cette meute voulait la guerre? Le loup y répondra avec plaisir.

Une fois habillé et prêt à partir, l'homme amena une cigarette à ses lèvres. Une nouvelle journée commençait. Une journée qu'il espérait pas trop ennuyante. Quittant la forêt, Malik enfourcha sa moto. Un petit tour au centre ville après un telle chasse était le bienvenue....

****

La chaleur. Étouffante, elle se complaisait à frapper Ghost Island. C'était étrange de voir à quel point cet endroit respirait la malveillance et le danger. Plus le temps passait, plus les disparitions devenaient nombreuses. Plus les meurtres devenaient sauvages. Par ailleurs, cette ville faisait office de rassemblement. Un rassemblement de créature plus mystique les unes que les autres.

- Hey la grosse! Oui, toi. Tu devrais faire un régime si tu ne veux pas que ton cul explose sous ta graisse.

Politesse, galanterie et discrétion. Ces mots ne faisaient pas partie de son vocabulaire. Au contraire, l'homme prenait un malin plaisir à se moquer. A être sarcastique et blessant pour ne pas dire, détestable. Se recroquevillant comme piqué par une abeille, une jeune femme lâcha son sandwich avant de partir en pleurant. La sensibilité féminine. Ô combien, c'était un point qu'il aimait particulièrement titiller.

Quelque peu hilare, Malik alluma une autre cigarette avant de tourner dans un coin de rue. C'est là qu'il le vit. Cet homme aux cheveux long qui semblait avoir un sacré penchant pour les sensations fortes. Curieux, le loup s'immobilisa, son épaule gauche s'appuyant nonchalamment contre la paroi du mur tandis qu'il le regarda se brûler tel un parfait crétin. La braise s'enfonçant dans son bras. Une odeur de chair brûlée accompagnant son geste. De toute évidence, ce jeune était un paumé qui aimait vraisemblablement la douleur.

- Tendance sadomasochiste?

Jetant sa propre cigarette sur le bitume, Malik brisa son immobilité. Son regard noirâtre cherchant le sien. Ses pas foulant le sol en quête de s'approcher. Les humains pouvaient se montrer tellement étrange et tellement bête. S'immobilisant à quelques mètres de lui, l'homme lui offrit un vil sourire. Un sourire à la fois sarcastique et mesquin....

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Je suis un enfoiré et alors? 
Connard un jour, connard toujours
 
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