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 Inutile de s'emporter [ P.V Mickael ]

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Léandre N. Hearst

MessageSujet: Inutile de s'emporter [ P.V Mickael ]  Mer 2 Mai - 20:50

Il était dix-neuf heures. Il avait exactement une heure pour rentrer chez lui ; l'esprit embrouillé par l'alcool, sans aucun véhicule et avec pour unique monnaie, les vagues restes d'une consommation excessive de boissons fortes. Il était effrayé, mais surtout démuni. Les vapeurs d'alcool lui montait à la tête et teintait ses idées en noires. Le pessimisme envahissait peu à peu son esprit et inondait ses pensées. D'une nature lunatique mais toujours défaitiste, il se sentait plus abattu qu'habituellement. Envie de rien, et même sa phobie tétanisante du noir n'arrivait pas à le sortir de son état apathique.

-C'est pour ça qu'il est partit le salaud.. Bafouilla-t-il d'une voix pâteuse. J'ai pas réussi à le suivre. Il faisait TROP NUIT, hurla-t-il.

-Hé ! Le Blondinet ! Tu vas la fermer ta grande gueule !

Lentement, Léandre se retourna et fit face à la brute qui l'avait ouvertement provoqué.

***


Il s'était réveillé à six heures du matin. Il avait soudainement ouvert les yeux, comme échappé d'un sommeil artificiel de longue date. Durant trois heures, il était resté étendu sur le dos, à contempler le plafond et ses quelques fissures, comme hypnotisé par ces sillons noirs qui agressaient la blancheur vive et douce de la peinture. Perdu dans sa contemplation, ensorcelé par les grains de l'enduit, il jouait à son jeu favoris. Il s'imaginait une nouvelle fois deux mois auparavant, au côté de la même présence réconfortante qui lui faisait désormais défaut. Il percevait la respiration illusoire d'un homme heureux, calme et posé. Il ressentait les vibrations de son corps étendu sur le drap lilial, le soulèvement délicat de sa poitrine lorsqu'il inspirait profondément et le contact léger de sa chevelure qui effleurait à peine son visage. Il était tellement investi dans son rêve, dans son fantasme, qu'il sentait réellement une présence allongée à ses côtés. C'était à la fois terrifiant et tellement jouissif. Croire en quelque chose qui n'adviendra plus jamais. C'était comme essayer d'attraper de la fumée avec les doigts. L'espoir quand on approche la main et qu'on l'effleure tendrement, la poitrine gonflée par l'excitation lorsqu'on la voit s'enrouler autour de ses doigts et la déception affligeante lorsqu'elle esquive notre poigne et qu'elle disparaît au loin. Lui aussi voulait disparaître. Très loin. Peut-être au fond de l'océan, à ternir les abîmes de ses sombres idées. Ou en haut d'une colline, dans un moulin, où il pourrait contrôler le vent et déchirer les toiles fragiles des voiles. Peu importe où il désirait s'enfuir. Une perpétuelle aspiration pour la destruction et le démantèlement obscurcissait le paysage.
Il ferma les yeux, mais n'osa pas les rouvrir. Il avait la peur tenace qu'un clown surgisse entre temps et vienne le narguer à quelques centimètres de son visage. Il leva une main tremblante en face de lui et battit l'air de ses doigts agiles. La simple caresse d'un souffle. Il ouvrit un œil. Puis l'autre, et retint un soupir de soulagement. Toujours le même plafond, lézardé de striures noirâtres.

-Noirâtre comme tes putains de cheveux, Louis ! Hurla-t-il au vent.

Il était seul. Comme depuis quelques semaines.

***

Il ne travaillait pas aujourd'hui. Les cernes violacés qui soulignaient ses yeux avaient convaincus son patron de lui octroyer deux jours de repos. «  Je n'ai pas besoin d'un dépressif insomniaque dans ma boutique. Tu fais aussi peur que ma belle-mère. Je ne veux pas revoir ta tête avant deux jours. Bon vent. » Il se souvient de la porte en verre qu'il lui avait claqué au nez et du sourire narquois que lui avait tiré la comparaison insolite de l'homme. Une tête de con bien sympathique. Il se souvenait aussi de sa déambulation longue et ennuyeuse dans les rues de la ville. A la recherche d'une quelconque activité. Il avait fini par s'asseoir sur un banc publique miteux, où il avait fumé les trois quarts de son paquet de cigarettes. Il les avaient enchaînées, les unes après les autres, sans éprouver la moindre culpabilité des conséquences de son tabagisme avancée sur la frêle santé des enfants riant et jouant autour de lui. Il portait un blouson en cuir noir, accompagné d'un jeans aussi sombre et d'un débardeur tout aussi dénué de couleur. L'accord funeste entre ses vêtements faisait ressortir la blondeur aérienne de ses longs cheveux qu'il portait en tresse. Un choix inapproprié puisque sa chevelure nouée dans la nuque faisait ressortir sa mine malade, son teint pâle et ses cernes mauves. C'était peut-être pour ça que les enfants avaient fui l'aire de jeu lorsqu'il avait pris place sur une balançoire. Parce qu'il avait une tête à faire peur. Et qu'il empestait la clope. Il aimait cette odeur douceâtre de nicotine. Il la trouvait chaleureuse et réconfortante. Elle le berçait dans ses effluves mielleuses et il se sentait chez lui. Ou dans un foyer avec une cheminée. Avec beaucoup d'enfants et une maman gâteau qui cuisinerait une tarte au pomme pour le goûter. Puis la cheminée finirait par s'enflammer, brûlant la maisonnette. Et les enfants avec.
Il s'était ensuite retrouvé au bar et avait payé une multitude de consommation pour accompagner l'odeur de tabac avec celle de l'alcool. Il ressemblait à un pauvre ivrogne et faisait peine à voir. Mais ça lui plaisait. Il avait l'impression de jouer au motard dépressif. Et quand il en aurait fini, il quitterait la ville sur une harley. En attendant, il était à moitié effondré sur le bar, faisant gaiement tournoyer les verres entre ses doigts.

***
A l'instant même où l'homme avait prononcé ses mots, Léandre sut que la soirée finirait mal. Son mauvais caractère refit surface et il fit face à l'homme.

-Qu'est-ce qu'il y a ? On te dérange, l'ivrogne ?

L'homme se leva et s'avança vers le jeune homme.

-Fais pas ton malin. Tu pourrais vite le regretter.

-Ah oui ? Et qui me mettrait cette belle branlée ? Toi peut-être ? Ironisa-t-il dangereusement.

Le barbu se rapprocha encore plus, jusqu'à coller son torse contre le sien. Il le surplombait de quinze bons centimètres.


-Retournes chez toi petit con. Je ne tape pas les enfants.

-Et je ne frappe pas les femmes. On est quitte.

La volée qu'il se prit le projeta au sol, percutant la plupart des tabourets. Étourdi par l'alcool et sonnée par le choc, il se releva tant bien que mal, pour se prendre un nouveau coup de poing. Il eut à peine le temps de s'effondrer sur le bar que l'homme l'empoigna par l'épaule pour lui asséner une nouvelle gifle. Léandre fut néanmoins plus rapide. Il attrapa un verre qui trônait là et le brisa sur la tête du barbu. Ce dernier recula en criant et le jeune homme eut le temps de se jeter sur lui pour le cribler de coups. Malheureusement, la plupart des hommes étaient des habitués et l'un d'eux le ceintura et le gifla violemment. Esquivant tant bien que mal, Léandre était entouré d'une demi-douzaine d'hommes hargneux qui le frappaient sans relâche.

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Mickael Karlson

MessageSujet: Re: Inutile de s'emporter [ P.V Mickael ]  Lun 7 Mai - 12:46

C’était la fin de son premier jour en tant qu’infirmier à Ghost Island, nous étions à une heure avancée de l’après-midi et pourtant le soleil était encore haut dans le ciel. Cela faisait déjà presqu’une semaine que Mickael était en ville et il n’avait même pas encore eu le temps de sortir prendre l’air. Il s’assit sur les marches du perron après être descendu de sa petite citadine, contemplant la rue. En cet instant il comprit pourquoi ces parents avaient choisis cette petite ville comme port d’attache. Le calme qui y régnait et la beauté des lieux faisaient vite oublier la chaleur du jour.
Pour se détendre, Mickael décida de partir faire un tour de moto, pour découvrir cette ville toute nouvelle pour lui. Il commença par quitter l’espèce de quartier résidentiel où se trouvait sa maison pour rejoindre des chemins plus rustiques. Après plusieurs heures d’une virée sympathique où la fraicheur du vent qui lui claquait le visage lui faisait oublier la rude chaleur du jour, il pris route vers le centre-ville, espérant y trouver un peu d’animation.

* * *

Mickael posa pied à terre devant un bar de la ville « Chez Joey », à en voir l’enseigne qui surplombait la porte d’entrée, il allait pouvoir se rincer l’œil et le gosier. Il entra, pris place au fond du bar et entama une petite mousse tout en profitant de l’ambiance agité de la pièce. Sur sa gauche, cinq bikers aux cuirs recouverts des blasons de leur chapitre respectif s’agitaient autour de leur jeton de poker, à sa droite deux péquenots du coin s’enflammaient dans une discussion sur la politique.
Les yeux rivés devant lui sur les danseuses, il sirotait tranquillement sa brune.
A un moment donné, une voix prit le dessus sur toutes les autres, un cow-boy du coin s’était levé et intimait fermement l’ordre de « fermer sa grande gueule » à un ivrogne qui se faisait bruyamment discussion dans un des coins du bar. Le ton était monté très vite et la bagarre ne pouvait qu’éclater dans troquet mal famé comme celui-ci.

En effet les provocations de l’ivrogne eurent vite raison de la patience de l’homme qui lui faisait face. Tous les yeux étaient tournés dans leur direction et quelques-uns commençaient déjà à esquisser un saut de chaise, prêts à intervenir au cas où l’on en viendrait aux mains. Ce ne fut pas long avant que toute la sale se jette sur le gringalet totalement ivre. Mickael eut un moment d’hésitation, tout le bar lui tapait dessus et le pauvre garçon en rigolait comme un déséquilibré. Celui qui avait frappé le premier s’était mis en retrait pour saisir une chaise, comme si les mains ne suffisaient pas. Mickael se leva et lui assaini un coup suffisamment violent pour qu’il abandonne l’idée de la chaise (et quelque idée que ce soit d’ailleurs pendant un moment), il se jeta dans le tas et pris l’ivrogne par le bras, l’arrachant aux coups de ses agresseurs. Tout le monde hurlait et frappait dans tous les sens, le passage à tabac tournait à l’émeute. Mickael jeta l’homme dehors, le suivant de près et priant pour que personne ne les suive et ils coururent jusqu’à une petite ruelle à l’écart.

***

Quelques heures plus tard l’homme sorti de son sommeil, son visage était tuméfié et sanguinolent. Durant tout ce temps de repos, adossé contre une poubelle malodorante, il n’avait cessé de répéter un nom : «Louis » . Alors que ces mains se posaient sur ces blessures, Mickael lui dit :
- Mon gars t’as pris une sacré raclée là-bas, mais qu’est-ce qui t’as pris de provoquer une armoire à glace comme l’autre type ?!
- Ta gueule ! , Lui répondit l’autre homme pour toute explication.
- Si tu veux, t’façon j’me casse, ça a l’air de s’être calmé au bar. J’ai besoin de dormir. J’ai pas pu fermer l’œil pendant que tu pionçais, t’arrêtais pas de parler de Louis et tu ronflais.

A ce nom l’ivrogne sortit de son ivresse à une vitesse spectaculaire. Il tressauta, regarda sa montre puis le ciel. Quand il posa de nouveau les yeux sur Mickael il était devenu aussi blême que la lune.

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Léandre N. Hearst

MessageSujet: Re: Inutile de s'emporter [ P.V Mickael ]  Mar 8 Mai - 21:09

Qui aurait cru qu'un homme suffisamment courageux, quoique très certainement doté de pulsions suicidaires, lui aurait prêté main forte dans cette bataille perdue d'avance ? En effet, il était désormais acculé contre un mur, à éviter les coups plus qu'à ne les rendre. Il se baissait ou se glissait agilement sur le côté à l'occasion, mais les poings finissaient généralement par trouver leur cible. Son visage ruisselant de sang en était la preuve. Rarement il s'était retrouvé au cœur d'un combat aussi violent et inégal. Son mauvais caractère et fort tempérament l'avaient toujours pernicieusement glissé au milieu de disputes et de bagarres sans réelles suites. Aujourd'hui, même la fuite ne semblait plus envisageable. Seul le coma lui souriait narquoisement, comme un unique échappatoire. Il désirait toutefois quitter le bar sur ses deux pieds, et non sur un brancard. Étrangement, alors qu'on continuait à le ruer de coups, il songeait à son ressenti. Il n'avait pas envie de fuir. Non pas par soucis de fierté ou d'orgueil. C'était plus compliqué. Il était en quête de sensations fortes, d'activités à haute adrénaline, qui inconsciemment, le puniraient pour ses actes passés. Il aurait pu éviter souplement ce coup de pied, ou attraper ce bras et le tordre sauvagement avec aisance. Mais il restait les bras ballants, à jouer les martyrs, à endurer une souffrance rustre et brutale, qui lui alléger la conscience et lui tirer un large sourire. L'ivresse empâtait sa réflexion et amenuisait sa conscience du risque. Il jouait son existence, et en contradiction, se sentait tellement calme et serein. Apaisé. Le feu intérieur qui lui léchait avidement les entrailles faiblissait de minute en minute. A chaque coups portés, il devenait cendres froides. Une nouvelle agitation le tira de son état béat. Un jeune homme lui venait en aide et frappait ses adversaires avec ténacité.

-Non.. Murmura-t-il faiblement, en voyant se raviver ces flammes chimériques, et la souffrance illusoire avec.

L'homme l'empoigna par la main et l'attira dehors, à l'abri des coups. Ivre et mutilé, ses jambes le portait difficilement. Ses yeux se fermaient doucement, abattu par la fatigue et la perte de sang. Lorsqu'ils arrivèrent dans une ruelle sinueuse, Léandre se laissa lourdement tomber au sol, et sombra dans l'inconscience.

***

Sibyllin. L'univers dans lequel il évoluait était étrange. Il faisait noir. Il se sentait aspiré dans un gouffre sans fond, enveloppé dans la douce étreinte du sommeil. Il était bien, mais se sentait pourtant terriblement angoissé. Sans cesse, le même nom franchissait ses lèvres, et se peignait en blanc sur le fond noirâtre du mirage. Ce même mot qui représentait tout à la fois. Il opprimait son passé, étouffait son présent et enchaînait son avenir. Chaque pensée, chaque réflexion, chaque geste lui était réservé. Il se sentait étroitement lié avec cette appellation pourtant simple. Porté par une sensible brise, il termina sa chute en percutant violemment le sol. Ses yeux s'ouvrirent sur une dernière syllabe.

***

Incompréhension. Ses pupilles rencontrèrent celles d'un homme penché au dessus de lui. Mal à l'aise, pris d'un sentiment de claustrophobie, il se décala légèrement sur la gauche. Hagard durant de longues minutes, il cligna des yeux rapidement, afin de dissiper le flou opaque qui obscurcissait sa vue. Les paroles de l'homme résonnèrent bruyamment à ses oreilles, et il grimaça. Ses mains se portèrent sur ses blessures superficielles, mais qui l'avaient sauvagement amoché. Il comprit précipitamment la situation humiliante de laquelle l'homme l'avait sorti. Il s'en était toujours sorti seul. Pourquoi pas cette fois ? Vexé, il lui répondit par un brusque :


-Ta gueule.

Il se sentait embarrassé, mais surtout redevable envers lui. Et c'était ce qui le perturbait le plus.


-Si tu veux, t’façon j’me casse, ça a l’air de s’être calmé au bar. J’ai besoin de dormir. J’ai pas pu fermer l’œil pendant que tu pionçais, t’arrêtais pas de parler de Louis et tu ronflais.

Léandre se prit une violente gifle. Il rougit brusquement. La situation était humiliante. Comment avait-il pu se laisser aller ainsi ? Il s'imaginait, gémissant lamentablement ce prénom dans son sommeil, ivre mort, le visage tuméfié. Il se retint de cracher de dégoût. C'était si pitoyable. Ses yeux évitèrent le regard de l'homme. Involontairement, il regarda l'heure. Son visage se décolora instantanément tandis que ses yeux affolés se perdirent dans la voûte céleste. L'astre lunaire dominait l'étendue bleu-nuit et crachotait sa pâle lumière sur l'ensemble de la ville.


-Me laisses pas, Murmura-t-il à toute vitesse.

Le regard toujours fixé sur le ciel, ses mains se crispèrent violemment, et il s'enfonça les ongles dans la peau, traçant de sanglantes demi-lunes sur les paumes. Angoissé, son souffle s'étrangla dans sa gorge. Sa respiration était rapide et sifflante. Brusquement, ses mains empoignèrent le tee-shirt du jeune homme.


-Me laisses pas, s'il te plaît, je t'en supplie, répéta-t-il incessamment.

Sa voix trahissait son angoisse. Ses yeux quittèrent enfin le ciel et rencontrèrent ceux du jeune homme.


-Je te paies si tu veux, j'en ai rien à foutre. Mais restes.

Sous la pulsion d'une terreur incontrôlable, il racontait n'importe quoi, renonçant à certains principes de valeurs, telle que la dignité. Il tremblait désormais. Son souffle était haché et précipité. Il paniquait et ne savait quoi dire pour convaincre l'homme de rester à ses côtés.
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Mickael Karlson

MessageSujet: Re: Inutile de s'emporter [ P.V Mickael ]  Mer 9 Mai - 18:18

Mickael avait déjà fait un tour sur ses talons quand il entendit un murmure incompréhensible qui ne pouvait vraisemblablement que provenir des lèvres de l’homme adossé contre la poubelle. Il resta sur place sans se retourner, le murmure devint vite une lamentation sèche et sonore, une requête tressée d’angoisse, de peur et de violence. Mickael se demandait pourquoi ce gars, l’envoyait tantôt balader et tantôt le suppliait de rester à ses côtés. Confus il amorçât un premier pas vers la sortie de la ruelle mais une phrase le scotcha sur place.

-Je te paies si tu veux, j'en ai rien à foutre. Mais restes.

Qu’est-ce qui pourrait faire qu’un homme qui quelques instants avant était tant pressé de la voir partir veuille maintenant le payer pour rester. Il se retourna, l’homme avait vraiment l’air terrifié mais tentait de le cacher sous un rideau de fierté hargneuse.

- Reste !

Mickael le dévisagea une dernière fois silencieusement et s’assit en face de lui. Il posa ses bras sur ses genoux et plongea ses yeux dans ceux de celui qui lui faisait face.

-C’est bon je reste mais il n’est pas question que tu m’file un rond.

Après cette déclaration, le silence s’installa sur les pavés, formant comme une brume épaisse que ni l’un ni l’autre n’osait chasser. Tous deux se regardaient dans le blanc des yeux sans desserrer les dents. Le silence était brisé de temps en temps par un bruit de grattement. Cela ne pouvait être que le sons provoqué par la course de rats de poubelle en poubelle ou le sons des ongles de son acolyte qui grattait contre le sol.

***

Un flot de couleur éblouissait ses yeux, c’était une lumière intense qui lui brûlait la rétine. Cette étincelante lumière paraissait le bercer, il se sentait flotter. Elle était tellement matérielle qu’il lui semblait pouvoir nager dedans. Le calme qui régnait dans ce lieu était sans pareil, pas un bruit, pas un mouvement d’air, pas un battement d’aile, pas une once de vent. Soudain, Mickael ressenti une brusque douleur à l’abdomen. Comme un coup de poignard qui serait resté à la surface de con corps.

-Merde t’endors pas ! J’peux pas rester tout seul !

Tout s’éteignit d’un coup et Mickael chuta, il eut l’impression d’être un astéroïde qui s’était écrasé à une vitesse fulgurante sur la terre. L’autre homme était agenouillé juste devant lui, le poing encore tendu, il était haletant et semblait paniqué.

-Mais qu’est-ce qui vas pas avec toi ?! Je reste et tu me frappe ! Ça tourne vraiment pas rond dans ta tête !
-T’endors pas ! T’endors pas !
-Ok, mais si tu veux pas que je dormes il vas falloir qu’on fasse la discussion. Déjà tu m’explique ce qui vas pas sinon j’me taille. Ok ?

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Léandre N. Hearst

MessageSujet: Re: Inutile de s'emporter [ P.V Mickael ]  Mer 16 Mai - 21:37

Ils restaient immobiles, les yeux dans les yeux. L'homme avait finalement accepté de rester à ses côtés. Il était si terrifié qu'il ne fut même pas surpris qu'il accepte de l'aider. Pour lui, une autre éventualité lui semblait inconcevable. Il remercierait sa générosité quand l'aube et les rayons du soleil lui chatouilleraient les narines. Pour le moment, l'étreinte doucereuse de la nuit l'opprimait à vomir et l'éclat blanc maladif de la lune lui déchirait les rétines. Il se sentait perdu. Tellement seul. Oppressé par cette intime solitude, celle de la peur. Celle qui vous clouait dans les confins de vos propres cauchemars, et qui se riait de votre angoisse. Léandre toisait les environs, une multitude de clowns aux visages lunaires déambulant devant ses yeux. Un mirage aussi illusoire qu'affolant. Ses lèvres s'entrouvrirent sur une syllabe muette. Dans son esprit, se répercutait la même phrase suppliante : «  Tu les vois ? Toi aussi tu les vois ? » Ses yeux cherchèrent le contact rassurant de l'homme. Il plongea alors dans son regard brun chocolat, à peine perceptible dans l'obscurité. Léandre se focalisa alors sur cet unique contact visuel qui dégageait une inflexibilité déroutante, mais une chaleur humaine réconfortante.

***
Il était en train de flancher, et était à deux doigts de s'endormir. Il le savait. Quelques signes de faiblesses le trahissaient de temps à autre. Depuis tout ce temps, lui n'avait pas esquissé un seul geste, paralysé par la peur. Et au fur à mesure que les yeux de l'homme se fermaient, sa panique s’accroissait dangereusement. Ses ongles raclaient interminablement le sol, et malgré le bout des doigts en sang, il poursuivait son manège, imperturbable. Ses yeux observaient toujours intensément ceux de l'homme. Son calme apparent trahissait une violente bourrasque de sentiments oppressifs mentaux. Soudainement, l'homme ferma les yeux et s'assoupit.

-Hé. Hé..Murmura Léandre, angoissé.

Son souffle s'étrangla dans sa gorge, la panique à son paroxysme.

-Merde t'endors pas ! Je peux pas rester tout seul ! Cria-t-il, apeuré.

Sauvagement, Léandre envoya un brutal coup de poing dans le ventre du jeune homme. Ce dernier tomba à la renverse et se réveilla violemment. Il s'agenouilla alors à ses côtés, afin de ne pas perdre contact.


-Mais qu’est-ce qui va pas avec toi ?! Je reste et tu me frappes ! Ça tourne vraiment pas rond dans ta tête !
-T’endors pas ! T’endors pas !
-Ok, mais si tu veux pas que je dormes il vas falloir qu’on fasse la discussion. Déjà tu m’expliques ce qui va pas sinon j’me taille. Ok ?

Il détourna la tête, et tenta de se camoufler derrière ses cheveux, avant de se rappeler qu'il les avait noués en natte. Il la défit alors violemment, tirant avec sauvagerie sur l'élastique et les mèches entremêlées. Le sujet n'était pas sensible. Il était impossible à aborder. Léandre tenta un coup d’œil autour de lui. Les clowns dansaient toujours.

-Tu les vois, les clowns ? Ils dansent et m'observent.

Il se tut, réalisant les inepties qu'il venait de déclarer. Il s'en fichait qu'il le prenne pour un fou. C'était déjà trop tard de toute manière. Au moment même où il l'avait supplié de rester, il s'était trahi. Il était faible. Et l'avouer oralement le rendait malade, lui donnait la nausée.


-Tu..

De nouveau, il conserva le silence, durant de longues minutes.

- Tu es juste tombé sur moi au mauvais moment, dans une mauvaise période.

Il avait dû mal à parler. Les plaies sanguinolentes et les ecchymoses brunâtres qui recouvraient son visage le tiraillaient à chaque parole. Il se servit du bas de son tee-shirt comme serviette, et s'épongea doucement le visage. Il jouait avec l'élastique, les yeux fixés sur l'homme.

-C'est quoi ton nom ? Lança-t-il.
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Mickael Karlson

MessageSujet: Re: Inutile de s'emporter [ P.V Mickael ]  Dim 20 Mai - 17:31

Le gars était vraiment spécial, il grattait le sol sans se soucier du sang qu’il laissait sur le bitume et balbutiait des choses incompréhensibles. Mickael se demandait encore s’il avait bien fait de rester et il attendait encore de savoir ce qui avais transformé cet homme en ce qu’il était actuellement.

Enfin il lança pour toute explication :

- Tu es juste tombé sur moi au mauvais moment, dans une mauvaise période.

Mickael le dévisageât ; une mauvaise période ?! Lui aussi traversait une période assez désagréable, mais étais-ce une raison pour aller se faire casser la gueule ou frapper une personne qui vous a tendu la main.

-C'est quoi ton nom ?

Depuis plusieurs heures, aucune conversation réelle ne s’était établie entre les deux hommes. Mickael venait d’arriver dans cette ville, il n’avait aucune connaissance ici. Cette personne n’était peut-être pas la meilleure rencontre avec laquelle il pourrait débuté une relation amicale.

Il marqua un temps d’arrêt, observa les reliefs du visage qui se dessinaient derrière le rideau de cheveux que le gars avait tendu pour se protéger d’on ne sait quelle menace. Tout le monde a le droit à des mauvaises périodes. Après tout, lui-même n’était-il peut-être jamais sorti de sa mauvaise période…

-Moi c’est Mickael. Mickael Karlson… Mais si tu peux m’appeler Micke je préfère autant, ok ? Et toi, c’est quoi ton nom ?

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Léandre N. Hearst

MessageSujet: Re: Inutile de s'emporter [ P.V Mickael ]  Dim 27 Mai - 16:45

Mauvaise réponse. Les sourcils de l'homme se froncèrent en une grimace méprisante et ses yeux lancèrent des éclairs de déception. Il avait hésité entre conserver un silence coupable ou lui énoncer une vérité blessante et égoïste. C'était sa signature d'opter perpétuellement pour la mauvaise éventualité. Au fond, il s'en contrefichait de l'avis du jeune homme. Qu'il le pense complètement fou à lier, ou le juge trop stupide ou trop égaré pour s'en faire un ami lui importait peu. C'est ce qu'il croyait, dur comme fer. Mais peut-être se plaisait-il à espérer en des croyances infondées, qui bouleversait involontairement sa nature réelle. Il était en quête de réconfort. A la recherche d'une perpétuelle présence rassurante. D'étreintes chaudes qui l'oppresseraient à en perdre haleine. Il voulait avoir ce souffle rompu par une accolade puissante, brisé par des mots dégoulinant d'amour bienveillant. Des sourires chaleureux, qui lui offriraient une lune chaude et ambrée, qui oblitéreraient ses peurs combatives. Mais il aspirait aussi à une liberté absolue. A une solitude apaisante, un cadeau divin, une caresse imperceptible sur sa peau. Un arrière-goût de vivacité et d'avenir. Il conservait depuis toujours une aversion profonde envers les gens. Une peur mêlée à la haine. Il ne les aimait pas. Mais voulait qu'eux le désire, et l'aime. Il voulait sentir qu'il les excitait, qu'il suscitait une crainte profonde, qu'il adonnait au respect. Il souhaitait représenter quelque chose pour eux, n'importe quoi. Un emblème stupide, une image séductrice. Il escomptait être entouré sans consciemment le savoir.

Léandre distinguait le visage de l'homme entre ses mèches blondes. Son visage s'était légèrement éclaircit, comme frappé par un constat évident, ou par un choix nouveau. Il lui offrit enfin son nom.
Léandre releva doucement la tête, balayant d'un geste machinal ses cheveux. Il observait le dénommé Mickaël.


-Je peux t'appeler M. ? C'est joli M.

Il continuait à le regarder, absorbé par les traits de son visage.


-Ne le prends pas mal. C'est joli aussi Micke. Mais M., c'est mieux.

Les lignes de son visage étaient régulières, étonnamment bien dessiné. Ses yeux s'attardèrent sur une mèche plus claire dans sa chevelure brune.

-C'est naturel ta mèche blonde ? C'est cool.

Il avait retrouvé un semblant de conscience et paraissait désormais plus présent, moins ailleurs. Il dissimulait sa peur sous des paroles futiles et sans importances, mais qui comptaient pourtant beaucoup à ses yeux. C'était paradoxal. Un peu comme tout ce qui le composait. Lunatique, il était désormais d'humeur à bavarder. Aussi terrorisé, la conversation pouvait être un moyen de lui rendre la nuit plus belle.


-Léandre. Moi c'est Léandre. Léandre-Narcisse pour être exact. Mais mes parents ont des goûts de chiottes en matière de prénoms.

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Mickael Karlson

MessageSujet: Re: Inutile de s'emporter [ P.V Mickael ]  Ven 8 Juin - 17:35

Le gars en face semblait commencer à émerger de ces pensées. Peut-être qu’une discussion allait devenir envisageable entre les deux jeunes hommes. Micke se présenta à lui. Il écouta Micke avec une profonde indifférence avant de déclarer :

-Je peux t'appeler M. ? C'est joli M.

« M. » pourquoi ce type voulait l’appeler autrement que par son nom… Après tout, il pouvait bien l’appeler comme il voulait. Cela lui était bien indifférent venant d’un inconnu tel que celui qui lui faisait face.

L’autre protagoniste se présenta à son tour :

-Léandre. Moi c'est Léandre. Léandre-Narcisse pour être exact. Mais mes parents ont des goûts de chiottes en matière de prénoms.

Micke se dit qu’en fin de compte cette étrange personnalité était peut-être la manifestation d’un caractère héréditaire quelconque. Quels parents sensés donneraient un tel nom à la chair de sa chair ?!

- Ah ouais, effectivement c’est loin d’être courant… Ça a au moins le mérite d’être un prénom original.

Micke sorti un paquet de blondes mentholés de la poche de son cuir. Il en prit une qu’il n’alluma pas tout de suite. Il la laissait placé à la commissure de ses lèvres, jugeant plus courtois de proposer une cigarette à son interlocuteur avant d’allumer la sienne.

-Tu veux une clope Léandre ? Ca nous tue mais ça a au moins le mérite de tuer le temps.

Tout en lui proposant une cigarette, Mickael alluma la sienne avec un vieux briquet au fioul qu’il avait trouvé dans un tiroir d’une des commodes de la maison.

-Tu sais c’est ma première vrai journée à Ghost Island, tout ce qu’on peut dire c’est qu’on n’a pas l’air de s’ennuyer ici… Mais là le temps commence à être long et j’me les gèle. T’as l’air d’avoir bien dessaoulé, ça ne te tenterai pas que je te ramène chez toi ?

Pour dire vrai l’aube n’étais plus si éloignés d’eux et la fraicheur qui régnait dans cette ruelle sombre mêlée à l’atmosphère qui y planait était loin d’être rassurantes et Micke commençait à avoir des frissons. S’ils prenaient la moto ils seraient surement rapidement de retour chez eux et il pourrait enfin se détendre et se reposer pour la journée de travail qui l’attendait demain.

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Inutile de s'emporter [ P.V Mickael ]
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